À cet arsenal d'armes meurtrières, d'instruments barbares, se trouve étrangement mêlée une collection d'objets très différents: ce sont de petites caisses vitrées, renfermant des rosaires, des chapelets, des médailles, des _agnus Dei, _des bénitiers, des images de saints encadrées; enfin bon nombre de ces livrets imprimés à Fribourg sur gros papier bleuâtre, livrets où l'on raconte divers miracles modernes, où l'on cite une lettre autographe de Jésus-Christ, adressée à un fidèle; où l'on fait, enfin, pour les années 1831 et 1832, les prédictions les plus effrayantes contre la France impie et révolutionnaire.

Une de ces peintures sur toile dont les bateleurs ornent la devanture de leurs théâtres forains est suspendue à l'une des poutres transversales de la toiture, sans doute pour que ce tableau ne se gâte pas en restant trop longtemps roulé.

Cette toile porte cette inscription:

LA VÉRIDIQUE ET MÉMORABLE CONVERSION D'IGNACE MOROK SURNOMMÉ LE _PROPHÈTE, _ARRIVÉ EN L'ANNÉE 1828, À FRIBOURG.

Ce tableau, de proportion plus grande que nature, d'une couleur violente, d'un caractère barbare, est divisé en trois compartiments, qui offrent en action trois phases importantes de la vie de ce converti surnommé le Prophète.

Dans le premier, on voit un homme à longue barbe, d'un blond presque blanc, à figure farouche, et vêtu de peau de renne, comme les sont les sauvages peuplades du nord de la Sibérie; il porte un bonnet de renard noir, terminé par une tête de corbeau; ses traits expriment la terreur; courbé sur son traîneau qui, attelé de deux grands chiens fauves, glisse sur la neige, il fuit la poursuite d'une bande de renards, de loups, d'ours monstrueux qui, tous, la gueule béante et armée de dents formidables, semblent capables de dévorer cent fois l'homme, les chiens et le traîneau.

Au-dessous de ce premier tableau on lit:

EN 1810, MOROK EST IDOLÂTRE; IL FUIT DEVANT LES BÊTES FÉROCES.

Dans le second compartiment, Morok, candidement revêtu de la robe blanche de catéchumène, est agenouillé, les mains jointes, devant un homme portant une longue robe noire et un rabat blanc; dans un coin du tableau, un grand ange à mine rébarbative tient d'une main une trompette et de l'autre une épée flamboyante; les paroles suivantes lui sortent de la bouche en caractères rouges sur un fond noir:

MOROK, L'IDOLÂTRE, FUYAIT DEVANT LES BÊTES FÉROCES; LES BÊTES FÉROCES FUIRONT DEVANT IGNACE MOROK, CONVERTI ET BAPTISÉ À FRIBOURG.