— Eh bien! dit Dagobert à son fils d'un ton qui annonçait clairement la foi qu'il avait dans le succès des démarches tentées par Agricol, eh bien! quoi de nouveau?

— Ah! mon père, c'est à en devenir fou, c'est à se briser la tête contre les murs! s'écria le forgeron avec emportement. Dagobert se tourna vers la Mayeux, et lui dit:

— Vous voyez, ma pauvre fille… j'en étais sûr…

— Mais vous, mon père, s'écria Agricol, vous avez vu le comte de
Montbron?

— Le comte de Montbron est, depuis trois jours, parti pour la Lorraine… voilà mes bonnes nouvelles, répondit le soldat avec une ironie amère; voyons les tiennes… raconte-moi tout: j'ai besoin d'être bien convaincu qu'en s'adressant à la justice, qui, comme tu le disais tantôt, défend et protège les honnêtes gens, il est des occasions où elle les laisse à la merci des gueux… Oui, j'ai besoin de ça… et puis après d'un crochet… et j'ai compté sur toi… pour les deux choses.

— Que veux-tu dire, mon père?

— Raconte d'abord tes démarches… nous avons le temps… huit heures et demie viennent seulement de sonner tout à l'heure… Voyons: en me quittant, où es-tu allé?

— Chez le commissaire qui avait déjà reçu votre déposition.

— Que t'a-t-il dit?

— Après avoir très obligeamment écouté ce dont il s'agissait, il m'a répondu: «Ces jeunes filles, sont, après tout, placées dans une maison très respectable… dans un couvent… il n'y a donc pas urgence de les enlever de là… et, d'ailleurs, je ne puis prendre sur moi de violer un domicile religieux sur votre simple déposition; demain je ferai mon rapport à qui de droit, et l'on avisera plus tard.»