— Mais quoi donc, mon enfant? demanda Françoise avec anxiété; où ton père veut-il donc aller?

— Il veut, cette nuit, s'introduire dans un couvent où sont enfermées les filles du maréchal Simon, et les enlever.

— Grand Dieu!… mon pauvre mari!… un sacrilège!… s'écria
Françoise, toujours fidèle à ses pieuses traditions; et joignant
les mains, elle fit un mouvement pour se lever et s'approcher de
Dagobert.

Le soldat, pressentant qu'il allait avoir à subir des observations, des prières de toutes sortes, et bien résolu de n'y pas céder, voulut tout d'abord couper court à ces supplications inutiles qui d'ailleurs lui faisaient perdre un temps précieux; il reprit donc un air grave, sévère, presque solennel, qui témoignait de l'inflexibilité de sa détermination:

— Écoute, ma femme, et toi aussi mon fils: quand, à mon âge, on se décide à une chose, on sait pourquoi… et une fois qu'on est décidé, il n'y a ni femme, ni fils qui tiennent… on fait ce qu'on doit… c'est à quoi je suis résolu… Épargnez-moi donc ces paroles inutiles… C'est votre devoir de me parler ainsi, soit; ce devoir, vous l'avez rempli; n'en parlons plus. Ce soir je veux être le maître chez moi…

Françoise, craintive, effrayée, n'osa pas hasarder une parole; mais elle tourna ses regards suppliants vers son fils.

— Mon père… dit celui-ci, un mot encore… un mot seulement.

— Voyons ce mot, reprit Dagobert avec impatience.

— Je ne peux pas combattre votre résolution; mais je vous prouverai que vous ignorez à quoi vous vous exposez…

— Je n'ignore rien, dit le soldat d'un ton brusque. Ce que je tente est grave… mais il ne sera pas dit que j'ai négligé un moyen, quel qu'il soit, d'accomplir ce que j'ai promis d'accomplir.