— Le banc où nous nous sommes assis tantôt doit être par ici, dit
Dagobert en s'arrêtant.
— Oui, dit Agricol en cherchant des yeux, le voilà, mon père.
— Il n'est que onze heures et demie, il faut attendre minuit, reprit Dagobert. Asseyons-nous un instant pour nous reposer et convenir de nos faits…
Au bout d'un moment de silence, le soldat reprit avec émotion en serrant les mains de son fils dans les siennes:
— Agricol… mon enfant… il en est temps encore… je t'en supplie… laisse-moi aller seul… je saurai bien me tirer d'affaire… Plus le moment approche… plus je crains de te compromettre dans cette entreprise dangereuse.
— Et moi, brave père, plus le moment approche, plus je crois que je te serai utile à quelque chose; bon ou mauvais, je partagerai ton sort… Notre but est louable… c'est une dette d'honneur que tu dois acquitter… j'en veux payer la moitié. Ce n'est pas maintenant que je me dédirai… Ainsi donc, brave père… songeons à notre plan de campagne.
— Allons, tu viendras, dit Dagobert en étouffant un soupir.
— Il faut donc, brave père, reprit Agricol, réussir sans encombre, et nous réussirons… Tu avais remarqué tantôt la petite porte de ce jardin, là, près de l'angle du mur… c'est déjà excellent.
— Par là, nous entrerons dans le jardin, et nous chercherons des bâtiments que sépare un mur terminé par une claire-voie.
— Oui… car d'un côté de cette claire-voie est le pavillon habité par Mlle de Cardoville, et de l'autre, la partie du couvent où sont enfermées les filles du général.