À cet instant, la grille de fer par laquelle le soldat et son fils s'étaient introduits dans le jardin réservé, qu'ils avaient laissée ouverte, se referma avec fracas.

— On nous enferme… dit vivement Agricol, et pas d'autre issue…

Pendant un instant le père et le fils se regardèrent atterrés; mais Agricol reprit tout à coup:

— Peut-être le battant de la grille se sera-t-il fermé en roulant sur ses gonds par son propre poids… je cours m'en assurer… et la rouvrir si je puis…

— Va… vite, j'examinerai les fenêtres. Agricol se dirigea en hâte vers la grille, tandis que Dagobert, se glissant le long du mur, arriva devant les fenêtres du rez-de-chaussée; elles étaient au nombre de quatre; deux d'entre elles n'étaient pas grillées. Il regarda au premier étage, il était peu élevé, et aucune de ses fenêtres n'était garnie de barreaux; celle des deux soeurs qui habitait cet étage pourrait donc, une fois prévenue, attacher un drap à la barre d'appui de la fenêtre et se laisser glisser, comme l'avaient fait les orphelines pour s'évader de l'auberge du Faucon blanc; mais il fallait, chose difficile, savoir d'abord quelle chambre elle occupait. Dagobert pensa qu'il pourrait en être instruit par celle des deux soeurs qui habitait le rez-de- chaussée; mais là, autre difficulté: parmi ces quatre fenêtres, à laquelle devait-il frapper? Agricol revint précipitamment.

— C'était le vent, sans doute, qui avait fermé la grille, dit-il, j'ai ouvert de nouveau le battant et j'ai calé avec une pierre… mais il faut nous hâter.

— Et comment reconnaître les fenêtres de ces pauvres enfants? dit
Dagobert avec angoisse.

— C'est vrai, dit Agricol inquiet, que faire?

— Appeler au hasard, dit Dagobert, c'est donner l'éveil si nous nous adressons mal.

— Mon Dieu, mon Dieu! reprit Agricol avec une angoisse croissante, être arrivés ici, sous leurs fenêtres… et ignorer…