— Cela me vaudra une échelle pour arriver à la fenêtre du premier; maintenant, il s'agit de vous, mademoiselle.

— Ne songez qu'à ces chères orphelines, le temps presse… Pourvu qu'elles soient libres cette nuit; il m'est indifférent de rester un jour ou deux de plus dans cette maison.

— Non, mademoiselle, s'écria le forgeron, il est, au contraire, pour vous de la plus haute importance de sortir d'ici cette nuit… il s'agit d'intérêts que vous ignorez, je n'en doute plus maintenant.

— Que voulez-vous dire?

— Je n'ai pas le temps de m'expliquer davantage; mais je vous en conjure, mademoiselle… venez; je puis desceller deux barreaux de cette fenêtre… je cours chercher une pince…

— C'est inutile. On se contente de fermer et de verrouiller en dehors la porte de ce pavillon, que j'habite seule; il vous sera donc facile de briser la serrure.

— Et dix minutes après nous serons sur le boulevard, dit le forgeron. Vite, mademoiselle, apprêtez-vous; prenez un châle, un chapeau, car la nuit est bien froide. Je reviens à l'instant.

— Monsieur Agricol, dit Adrienne les larmes aux yeux, je sais ce que vous risquez pour moi. Je vous prouverai, je l'espère, que j'ai aussi bonne mémoire… Ah!… vous et votre soeur adoptive, vous êtes de nobles et vaillantes créatures… Il m'est doux de vous devoir tant à tous deux… Mais ne revenez me chercher que lorsque les filles du général Simon seront libérées.

— Grâce à vos indications, c'est chose faite, mademoiselle; je cours chercher mon père et nous revenons vous chercher.

Agricol, suivant l'excellent conseil de Mlle de Cardoville, alla prendre, le long du mur de la chapelle, une de ces longues et fortes perches servant aux constructions, l'enleva sur ses robustes épaules et rejoignit lestement son père.