— Enfin, bon Dagobert, quand on pense que tu savonnes presque chaque soir à la couchée… comme si ce n'était pas nous… qui…
— Vous! dit le soldat en interrompant Blanche; je vais vous laisser gercer vos jolies petites mains dans l'eau de savon, n'est-ce pas? D'ailleurs, est-ce qu'en campagne un soldat ne savonne pas son linge? Tel que vous me voyez, j'étais la meilleure blanchisseuse de mon escadron… et comme je repasse, hein? sans me vanter.
— Le fait est que tu repasses très bien, très bien…
— Seulement tu roussis quelquefois… dit Rose en souriant.
— Quand le fer est trop chaud, c'est vrai… Dame… j'ai beau l'approcher de ma joue… ma peau est si dure que je ne sens pas le trop de chaleur… dit Dagobert avec un sérieux imperturbable.
— Tu ne vois pas que nous plaisantons, bon Dagobert.
— Alors, mes enfants, si vous trouvez que je fais bien mon métier de blanchisseuse, continuez-moi votre pratique, c'est moins cher, et en route il n'y a pas de petite économie, surtout pour de pauvres gens comme nous; car il faut au moins que nous ayons de quoi arriver à Paris… Nos papiers et la médaille que vous portez feront le reste: il faut l'espérer du moins…
— Cette médaille est sacrée pour nous… notre mère nous l'a donnée en mourant…
— Aussi, prenez bien garde de la perdre, assurez-vous de temps en temps que vous l'avez.
— La voilà, dit Blanche. Et elle tira de son corsage une petite médaille de bronze qu'elle portait au cou, suspendue par une chaînette de même métal.