Dagobert et Faringhea se trouvaient dans une pareille situation d'esprit.
— Cette femme, quelle est-elle?… reprit Agricol en prenant la main de Gabriel, qu'il sentit humide et glacée.
— Regarde!… dit le jeune prêtre; il y a plus d'un siècle et demi que ces tableaux sont là… Et du geste il indiqua les deux portraits devant lesquels il était alors assis.
Au mouvement de Gabriel, Agricol, Dagobert et Faringhea levèrent les yeux sur les deux portraits placés de chaque côté de la cheminée.
Trois exclamations se firent entendre à la fois.
— C'est elle… c'est la même femme! s'écria le forgeron stupéfait; et depuis cent cinquante ans son portrait est ici!…
— Que vois-je?… l'ami et l'émissaire du maréchal Simon! s'écria Dagobert en contemplant le portrait de l'homme. Oui, c'est bien la figure de celui qui est venu nous trouver en Sibérie l'an passé… Oh! je le reconnais à son air triste et doux, et aussi à ses sourcils noirs qui n'en font qu'un.
— Mes yeux ne me trompent pas… non… c'est bien l'homme au front rayé de noir que nous avons étranglé et enterré au bord du Gange, se disait tout bas Faringhea en frémissant d'épouvante, l'homme que l'un des fils de Bohwanie, l'an passé, à Java, dans les ruines de Tchandi… assurait avoir rencontré depuis le meurtre près de l'une des portes de Bombay… cet homme maudit, qui, disait-il, laissait partout après lui la mort sur son passage… Et il y a un siècle et demi que cette peinture existe!
Et ainsi que Dagobert et Agricol, l'Étrangleur ne pouvait détacher ses yeux de ce portrait étrange.
— Quelle mystérieuse ressemblance! pensait le père d'Aigrigny… puis, comme frappé d'une idée subite, il dit à Gabriel: