— Et puis enfin… ajouta un autre, il voyage avec deux jeunes filles. Est-ce que, dans cette position-là, il peut se battre pour une misère? S'il était tué ou prisonnier, qu'est-ce qu'elles deviendraient, ces pauvres enfants?

Dagobert se tourna vers celui des spectateurs qui venait de prononcer ces mots. Il vit un gros homme à figure franche et naïve; le soldat lui tendit la main et lui dit d'une voix émue:

— Merci, monsieur!

L'Allemand serra cordialement la main que Dagobert lui offrait.

— Monsieur, ajouta-t-il en tenant toujours dans ses mains les mains du soldat, faites une chose… acceptez un bol de punch avec nous; nous forcerons bien ce diable de Prophète à convenir qu'il a été trop susceptible, et à trinquer avec vous…

Jusqu'alors le dompteur de bêtes, désespéré de l'issue de cette scène, car il espérait que le soldat accepterait sa provocation, avait regardé avec un dédain farouche ceux qui abandonnaient son parti; peu à peu ses traits s'adoucirent; croyant utile à ses projets de cacher sa déconvenue, il fit un pas vers le soldat et lui dit d'assez bonne grâce:

— Allons, j'obéis à ces messieurs, j'avoue que j'ai eu tort; votre mauvais accueil m'avait blessé, je n'ai pas été maître de moi… je répète que j'ai eu tort… ajouta-t-il avec un dépit concentré. Le Seigneur commande l'humilité… Je vous demande excuse…

Cette preuve de modération et de repentir fut vivement applaudie et appréciée par les spectateurs.

— Il vous demande pardon, vous n'avez rien à dire à cela, mon brave, reprit l'un d'eux en s'adressant à Dagobert; allons trinquer ensemble; nous vous faisons cette offre de tout coeur, acceptez-la de même…

— Oui, acceptez, nous vous en prions, au nom de vos jolies petites filles, dit le gros homme afin de décider Dagobert.