Presque aussi ignorantes que Dagobert en fait de pratiques dévotieuses, car dans le désert où elles avaient vécu, il ne se trouvait ni église ni prêtre, elles croyaient seulement, on l'a dit, que Dieu, juste et bon, avait tant de pitié pour les pauvres mères dont les enfants restaient sur la terre, que, grâce à lui, du haut du ciel, elles pouvaient les voir toujours, les entendre toujours, et qu'elles leur envoyaient quelquefois de beaux anges gardiens pour les protéger. Grâce à cette illusion naïve, les orphelines, persuadées que leur mère veillait incessamment sur elles, sentaient que mal faire serait l'affliger et cesser de mériter la protection des bons anges. À cela se bornait la théologie de Rose et de Blanche, théologie suffisante pour ces âmes aimantes et pures.

Ce soir-là, les deux soeurs causaient en attendant Dagobert. Leur entretien les intéressait beaucoup; car, depuis quelques jours, elles avaient un secret, un grand secret, qui souvent faisait battre leur coeur virginal, agitait leur sein naissant, changeait en incarnat le rose de leurs joues, et voilait quelquefois en langueur inquiète et rêveuse leurs grands yeux d'un bleu si doux.

Rose, ce soir-là, occupait le bord du lit, ses deux bras arrondis se croisaient derrière sa tête, qu'elle tournait à demi vers sa soeur; celle-ci, accoudée sur le traversin, la regardait en souriant, et lui disait:

— Crois-tu qu'il vienne encore cette nuit?

— Oui, car hier… il nous l'a promis.

— Il est si bon… il ne manquera pas à sa promesse.

— Et puis si joli, avec ses longs cheveux blonds bouclés.

— Et son nom… quel nom charmant… comme il va bien à sa figure!

— Et quel doux sourire, et quelle douce voix, quand il nous dit, en nous prenant la main: «Mes enfants, bénissez Dieu de ce qu'il vous a donné la même âme… Ce que l'on cherche ailleurs, vous le trouverez en vous-mêmes.»

—» Puisque vos deux coeurs n'en font qu'un…» a-t-il ajouté.