— Vous m'avez sauvé en ramenant ces enfants…
— Ah! monsieur, soyez béni… dit la Mayeux en cédant à l'entraînement général.
— Mes bons amis, c'est trop, dit Rodin, comme si tant d'émotions eussent été au-dessus de ses forces; mais c'est en vérité trop pour moi, excusez-moi auprès du maréchal… et dites-lui que je suis assez payé par la vue de son bonheur.
— Monsieur… de grâce… dit Adrienne, que le maréchal vous connaisse, qu'il vous voie au moins!
— Oh! restez… vous qui nous sauvez tous, s'écria Dagobert en tâchant de retenir Rodin de son côté.
— La Providence, ma chère demoiselle, ne s'inquiète plus du bien qui est fait, mais du bien qui reste à faire… dit Rodin avec un accent rempli de finesse et de bonté. Ne faut-il pas à cette heure songer au prince Djalma? Ma tâche n'est pas finie, et les moments sont précieux. Allons, ajouta-t-il en se dégageant doucement de l'étreinte de Dagobert, allons, la journée a été aussi bonne que je l'espérais: l'abbé d'Aigrigny est démasqué: vous êtes libre, ma chère demoiselle; vous avez retrouvé votre croix, mon brave soldat; la Mayeux est assurée d'une protectrice, M. le maréchal embrasse ses enfants… je suis pour un peu dans toutes ces joies-là… ma part est belle… mon coeur content… Au revoir, mes amis, au revoir…
Ce disant, Rodin fit de la main un salut affectueux à Adrienne, à la Mayeux et à Dagobert, et disparut après leur avoir montré d'un regard ravi le maréchal Simon, qui, assis et couvrant ses deux filles de larmes et de baisers, les tenait étroitement embrassées et restait étranger à ce qui se passait autour de lui.
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Une heure après cette scène, Mlle de Cardoville et la Mayeux, le maréchal Simon, ses deux filles et Dagobert avaient quitté la maison du docteur Baleinier.
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