Djalma avait écouté Faringhea avec un silence avide. L'expression des traits du jeune Indien avait complètement changé: ce n'était plus cet adolescent mélancolique et rêveur, invoquant le saint souvenir de sa mère, et ne trouvant que dans la rosée du ciel, que dans le calice des fleurs, des images assez pures pour peindre la chasteté, l'amour qu'il rêvait; ce n'était même plus le jeune homme rougissant d'une ardeur pudique à la pensée des délices permises d'une union légitime. Non, non, les incitations de Faringhea avaient fait éclater tout à coup un feu souterrain: la physionomie enflammée de Djalma, ses yeux tour à tour étincelants et voilés, l'inspiration mâle et sonore de sa poitrine, annonçaient l'embrasement de son sang et le bouillonnement de ses passions, d'autant plus énergiques qu'elles avaient été jusqu'alors contenues. Aussi… s'élançant tout à coup du divan, souple, vigoureux et léger comme un jeune tigre, Djalma saisit Faringhea à la gorge en s'écriant:
— C'est un poison brûlant que tes paroles!…
— Monseigneur, dit Faringhea sans opposer la moindre résistance, votre esclave est votre esclave… Cette soumission désarma le prince.
— Ma vie, vous appartient, répéta le métis.
— C'est moi qui t'appartiens, esclave! s'écria Djalma en le repoussant. Tout à l'heure j'étais suspendu à tes lèvres… dévorant tes dangereux mensonges!…
— Des mensonges, monseigneur!… Paraissez seulement à la vue de ces femmes: leurs regards confirmeront mes paroles.
— Ces femmes m'aimeraient… moi qui n'ai vécu qu'à la guerre et dans les forêts!
— En pensant que si jeune, vous avez déjà fait une sanglante chasse aux hommes et aux tigres… elles vous adoreront, monseigneur.
— Tu mens.
— Je vous le dis, monseigneur, en voyant votre main, qui, aussi délicate que les leurs, s'est si souvent trempée dans le sang ennemi, elles voudront la baiser encore en pensant que, dans nos forêts, votre carabine armée, votre poignard entre vos dents, vous avez souri aux rugissements du lion ou de la panthère que vous attendiez.