— Soyez tranquille, je serai pour vous un aïeul, un bisaïeul, un portrait de famille… Voyons, promenade, dîner, spectacle, bal costumé, et souper ensuite, ça vous va-t-il?

— À condition que cette pauvre Céphyse en sera. Ça la distraira.

— Va pour Céphyse.

— Ah ça, vous avez donc fait un héritage, gros apôtre?

— Mieux que cela, ô la plus rose de toutes les Rose-Pompon… Je suis rédacteur en chef d'un journal religieux… Et comme il faut de la tenue dans cette respectable boutique, je demande tous les mois un mois d'avance et trois jours de liberté; à cette condition-là, je consens à faire le saint pendant vingt-sept jours sur trente, et à être grave et assommant comme le journal.

— Un journal, vous? En voilà un qui sera drôle, et qui dansera tout seul, sur les tables des cafés, des pas défendus.

— Oui, il sera drôle, mais pas pour tout le monde! Ce sont tous sacristains cossus qui font les frais… ils ne regardent pas à l'argent, pourvu que le journal morde, déchire, brûle, broie, extermine et assassine… Parole d'honneur! je n'aurai jamais été plus forcené, ajouta Nini-Moulin en riant d'un gros rire; j'arroserai les blessures toutes vives avec mon venin premier cru ou avec mon fiel grrrrand mousseux!!!

Et, pour péroraison, Nini-Moulin imita le bruit que fait en sautant le bouchon d'une bouteille de vin de Champagne, ce qui fit beaucoup rire Rose-Pompon.

— Et comment s'appelle-t-il, votre journal de sacristains? reprit-elle.

— Il s'appelle l'Amour du prochain.