— Et pourquoi y aller? demanda Mlle de Cardoville avec surprise.

— Ce matin, mademoiselle (et Florine désigna la Mayeux) m'a confié ses soupçons, ses inquiétudes… je les ai partagés. La visite de M. l'abbé d'Aigrigny chez M. Rodin me paraissait déjà fort grave; j'ai pensé que, si M. Rodin s'était rendu depuis quelques jours à l'hôtel de Saint-Dizier, il n'y aurait plus de doutes sur sa trahison…

— En effet, dit Adrienne de plus en plus inquiète. Eh bien?

— Mademoiselle m'ayant chargée de surveiller le déménagement du pavillon, il y restait différents objets; pour me faire ouvrir l'appartement, il fallait m'adresser à Mme Grivois; j'avais donc prétexte de retourner à l'hôtel.

— Ensuite… Florine… ensuite?

— Je tâchai de faire parler Mme Grivois sur M. Rodin, mais ce fut en vain.

— Elle se défiait de vous, mademoiselle, dit la Mayeux. On devait s'y attendre.

— Je lui demandai, continua Florine, si l'on avait vu M. Rodin à l'hôtel depuis quelque temps… Elle répondit évasivement. Alors, désespérant de rien savoir, reprit Florine, je quittai Mme Grivois, et, pour que ma visite n'inspirât aucun soupçon, je me rendais au pavillon, lorsqu'en détournant une allée, que vois- je? à quelques pas de moi, se dirigeant vers la petite porte du jardin… M. Rodin, qui croyait sans doute sortir plus secrètement ainsi.

— Mademoiselle! vous l'entendez, s'écria la Mayeux joignant les mains d'un air suppliant; rendez-vous à l'évidence…

— Lui!… chez la princesse de Saint-Dizier, s'écria Mlle de Cardoville, dont le regard, ordinairement si doux, brilla tout à coup d'une indignation véhémente; puis elle ajouta d'une voix légèrement altérée: «Continue, Florine».