— Une femme? dit-il en tressaillant et devenant vermeil, il s'agit d'une femme?

— Eh bien, oui! s'il s'agissait d'une femme… reprit Rodin; comprendriez-vous sa réserve, le secret dont elle est obligée d'entourer les preuves d'affection qu'elle désire vous donner?

— Une femme? répéta Djalma d'une voix tremblante en joignant les mains avec adoration… Et son ravissant visage exprima un saisissement ineffable, profond. Une femme? dit-il encore… une Parisienne?

— Oui, mon cher prince; puisque vous me forcez à cette indiscrétion, il faut bien vous l'avouer, il s'agit d'une… véritable Parisienne… d'une digne matrone… remplie de vertus, et dont le… grand âge mérite tous vos respects.

— Elle est bien vieille? s'écria le pauvre Djalma, dont le rêve charmant disparaissait tout à coup.

— Elle serait mon aînée de quelques années, répondit Rodin avec un sourire ironique, s'attendant à voir le jeune homme exprimer une sorte de dépit comique ou de regret courroucé.

Il n'en fut rien. À l'enthousiasme amoureux, passionné, qui avait un instant éclaté sur les traits du prince, succéda une expression respectueuse et touchante: il regarda Rodin avec attendrissement et lui dit d'une voix émue:

— Cette femme est donc pour moi une mère? Il est impossible de rendre avec quel charme à la fois pieux, mélancolique et tendre l'Indien accentua le mot une mère.

_— _Vous l'avez dit, mon cher prince, cette respectable dame veut être une mère pour vous… Mais je ne puis pas révéler la cause de l'affection qu'elle vous porte… Seulement, croyez-moi, certes, cette affection est sincère; la cause en est honorable; si je ne vous en dis pas le secret, c'est que chez nous les secrets des femmes, jeunes ou vieilles, sont sacrés.

— Cela est juste, et son secret sera sacré pour moi; sans la voir, je l'aimerai avec respect. Ainsi l'on aime Dieu sans le voir…