Puis il cria tout haut en s'adressant à l'hôte, effrayé de ce désordre:
— De l'eau-de-vie! que l'on puisse boire à la santé des braves _Loups. _C'est moi qui régale.
Et il jeta de l'argent au cabaretier, qui disparut et revint bientôt avec plusieurs bouteilles d'eau-de-vie et quelques verres.
— Allons donc! des verres! s'écria Morok; est-ce que des camarades comme nous boivent dans des verres?…
Et, faisant sauter le bouchon d'une bouteille, il porta le goulot à ses lèvres et la passa au gigantesque carrier après avoir bu.
— À la bonne heure, dit le carrier, à la régalade! capon qui s'en dédit! ça va aiguiser les dents des Loups!
_— _À vous autres, camarades! dit Morok en distribuant les bouteilles.
— Il y aura du sang à la fin de tout ça, murmura Couche-tout-nu, qui, malgré son état d'ivresse, comprenait tout le danger de ces funestes excitations.
En effet, bientôt le nombreux rassemblement quitta la cour du cabaret pour courir en masse à la fabrique de M. Hardy.
Ceux des ouvriers et habitants du village qui n'avaient pas voulu prendre part à ce mouvement d'hostilité (et ils étaient en majorité) ne parurent pas au moment où la troupe menaçante traversa la rue principale; mais un assez grand nombre de femmes, fanatisées par les prédications de l'abbé encouragèrent par leurs cris la troupe militante. À sa tête s'avançait le gigantesque carrier, brandissant sa formidable pince de fer; puis derrière lui, pêle-mêle, armés les uns de bâtons, les autres de pierres, suivait le gros de la troupe. Les têtes, encore exaltées par de récentes libations d'eau-de-vie, étaient arrivées à un état d'effervescence effrayante. Les physionomies étaient farouches, enflammés, terribles. Ce déchaînement des plus mauvaises passions faisait pressentir de déplorables conséquences. Se tenant pas le bras et marchant quatre ou cinq de front, les _Loups _s'excitaient encore par leurs chants de guerre répétés avec une excitation croissante, et dont voici le dernier couplet: