Prêtez un charme à ma philosophie; Pour dissiper des rêves affligeants, Le verre en main, que chacun se confie Au Dieu des bonnes gens!

Ce chant, d'une mansuétude divine, contrastait si étrangement avec la froide cruauté des quelques lignes écrites par Rodin, qu'il tressaillit et se mordit les lèvres de rage en reconnaissant ce refrain du poète véritablement chrétien qui avait porté de si rudes coups à la mauvaise Église. Rodin attendit quelques instants dans une impatience courroucée, croyant que la voix allait continuer; mais Rose-Pompon se tut, ou du moins ne fit plus que fredonner, et bientôt passa à un autre air, celui du Bon papa, qu'elle vocalisa, même sans paroles. Rodin, n'osant pas aller regarder par sa croisée quelle était cette importune chanteuse, haussa les épaules, reprit sa plume et continua:

«Autre chose: Il faudrait exaspérer les indépendants de tous les pays, soulever la rage _philosophaille _de l'Europe, et faire écumer le libéralisme, ameuter contre Rome tout ce qui vocifère. Pour cela, proclamer à la face du monde les trois propositions suivantes:

«1° Il est abominable de soutenir que l'on peut faire son salut dans quelque profession de foi que ce soit, pourvu que les moeurs soient pures;

«2° Il est odieux et absurde d'accorder aux peuples la liberté de conscience;

«3° L'on ne saurait avoir trop d'horreur contre la liberté de la presse.

«Il faut amener l'homme faible à déclarer ces propositions de tout point orthodoxes, lui vanter leur bon effet sur les gouvernements despotiques, sur les vrais catholiques, sur les museleurs de populaire. Il se prendra au piège. Les propositions formulées, la tempête éclate. Soulèvement général contre Rome, scission profonde; le sacré collège se divise en trois partis. L'un approuve, l'autre blâme, l'autre tremble. L'homme faible, encore plus épouvanté qu'il ne l'est aujourd'hui d'avoir laisser égorger la Pologne, recule devant les clameurs, les reproches, les menaces, les ruptures violentes qu'il soulève.

«Cela me va toujours, et beaucoup.

«Alors, à notre père vénéré d'ébranler la conscience de l'homme faible, d'inquiéter son esprit, d'effrayer son âme.

«En résumé: abreuver de dégoûts, diviser son conseil, l'isoler, l'effrayer, redoubler l'ardeur féroce du bon Albani, réveiller l'appétit des Sanfédistes[4], leur donner des libéraux à leur faim; pillage, viol, massacre comme à Césène, vraie marée montante de sang carbonaro, l'homme faible en aura le déboire, tant de tueries en son nom!!! il reculera… il reculera… chacun de ses jours aura son remords, chaque nuit sa terreur, chaque minute son angoisse. Et l'abdication dont il menace déjà viendra enfin, peut- être trop tôt. C'est le seul danger à présent, à vous d'y pourvoir.