— On démolira leur bazar.
— On enverra la maison par les fenêtres.
— Et, après avoir fait chanter les fouineuses qui font les bégueule, s'écria Ciboule, on les fera danser à coups de pierre sur la tête.
— Allons… les Loups, attention! cria le carrier d'une voix de stentor, encore une décharge, et si les _Dévorants _ne sortent pas… à bas la porte.
Cette motion fut accueillie avec des hurlements d'une ardeur farouche, et le carrier, dont la voix dominait le tumulte, cria de tous ses poumons herculéens:
— Attention!… _Loups… _pierre en main… et ensemble… Y êtes-vous?
— Oui!… oui!… nous y sommes…
— Joue?… feu!… Et, pour la seconde fois, une nuée de pierres et de cailloux énormes alla s'abattre sur la façade de la maison commune qui donnait sur les champs; une partie de ces projectiles brisa les carreaux qui avaient été épargnés lors de la première volée; au bruit sonore et aigu des vitres cassées, se joignirent des cris féroces, poussés à la fois, et comme un choeur formidable, par cette foule enivrée de ses propres excès:
— Bataille… et mort aux _Dévorants! _Mais bientôt ces cris devinrent frénétiques, lorsque, à travers les fenêtres défoncées, les assaillants aperçurent des femmes qui passaient et repassaient, courant, épouvantées, les unes emportant des enfants, d'autres levant les bras au ciel en criant au secours, d'autres enfin, plus hardies, s'avançant en dehors des fenêtres afin de tâcher de fermer les persiennes.
— Ah! voilà les fourmis qui déménagent! s'écria Ciboule en se baissant pour ramasser une pierre, faut les aider à coup de cailloux!