— C'est mon avis… répondit la jeune fille.
Et un éclair d'indignation brilla dans ses yeux en songeant à cette perfidie de Rodin.
— Ah! le vieux drôle!… dit de M. de Montbron. Je m'étais toujours défié de ce coutors. Florine sortit, laissant le comte avec sa maîtresse.
IV. Amour.
Mlle de Cardoville était transfigurée: pour la première fois sa beauté éclatait dans tout son lustre; jusqu'alors voilée par l'indifférence ou assombrie par la douleur, un éblouissant rayon de soleil l'illuminait tout à coup. La légère irritation causée par la perfidie de Rodin avait passé comme une ombre imperceptible sur le front de la jeune fille. Que lui importaient maintenant ces mensonges, ces perfidies? N'étaient-elles pas déjouées? Et à l'avenir… quel pouvoir humain pourrait se mettre entre elle et Djalma, si sûrs l'un de l'autre? Qui oserait lutter contre ces deux êtres résolus et forts de la puissance irrésistible de la jeunesse, de l'amour et de la liberté? Qui oserait tenter de les suivre dans cette sphère embrasée où ils allaient, eux si beaux, eux si heureux, se confondre dans un amour si inextinguible, protégés et défendus par leur bonheur, armure à toute épreuve?
À peine Florine sortie, Adrienne s'approcha de M. de Montbron d'un pas rapide; elle semblait grandie: à la voir légère, triomphante et radieuse, on eût dit une divinité marchant sur des nuées.
— Quand le verrai-je? Tel fut son premier mot à M. de Montbron.
— Mais… demain; il faut le préparer à tant de bonheur; chez une nature si ardente… une joie si soudaine, si inattendue… peut être terrible.
Adrienne resta un moment pensive, et dit tout à coup:
— Demain… oui… pas avant demain… j'ai une superstition du coeur.