— Mon cher comte, dit Adrienne en souriant et s'adressant à M. de Montbron, vous n'en êtes malheureusement pas à votre premier enlèvement… penchez-vous en dehors de la portière, tendez vos deux mains à cette enfant, enlevez-la prestement… nous la cacherons vite entre Mme de Morinval et moi… et nous quitterons la promenade sans que personne ne se soit aperçu de ce rapt audacieux.
— Comment! dit le comte avec surprise, vous voulez…
— Oui… je vous en prie.
— Quelle folie!
— Hier peut-être vous auriez pu traiter ce caprice de folie, mais aujourd'hui, et Adrienne appuya sur ce mot en regardant M. de Montbron d'un air d'intelligence, mais _aujourd'hui _vous devez comprendre… que c'est presque un devoir.
— Oui, je le comprends, bon et noble coeur, dit le comte d'un air ému pendant que Mme de Morinval, qui ignorait complètement l'amour de Mlle de Cardoville pour Djalma, regardait avec autant de surprise que de curiosité le comte et la jeune fille.
M. de Montbron, s'avançant alors au dehors de la portière et tendant ses mains à l'enfant, lui dit:
— Donne-moi tes deux mains, petite. Quoique bien étonnée, l'enfant obéit machinalement et tendit ses deux petits bras; alors le comte la prit par les poignets et l'enleva très adroitement, avec d'autant plus de facilité que la voiture était fort basse et, nous l'avons dit, allait au pas. L'enfant, plus stupéfaite encore qu'effrayée, ne dit mot, Adrienne et Mme de Morinval laissèrent un vide entre elles; on y blottit la petite fille qui disparut aussitôt sous les pans des châles des deux jeunes femmes.
Tout ceci fut exécuté si rapidement qu'à peine quelques personnes, passant dans les contre-allées, s'aperçurent de cet enlèvement.
_— _Maintenant, mon cher comte, dit Adrienne radieuse, sauvons- nous vite avec notre proie.