— On peut frapper, répondit Morok. Et le régisseur sortit.

VIII. Le lever du rideau.

Les trois coups d'usage retentirent solennellement derrière la toile, l'ouverture commença et, il faut l'avouer, fut peu écoutée.

À l'intérieur, la salle offrait un coup d'oeil très animé. Sauf deux avant-scènes des premières, l'une à droite, l'autre à gauche du spectateur, toutes les places étaient occupées. Un grand nombre de femmes très élégantes, attirées comme toujours par l'étrangeté sauvage du spectacle, garnissaient les loges. Aux stalles se pressaient la plupart des jeunes gens, qui, le matin, avaient parcouru les Champs-Élysées, au pas de leurs chevaux. Quelques mots échangés d'une stalle à l'autre donneront une idée de leur entretien.

— Savez-vous, mon cher, qu'il n'y aurait pas une foule pareille et une salle si bien composée pour voir Athalie?

_— _Certainement. Que sont les pauvres hurlements d'un comédien, auprès du rugissement d'un lion?…

— Moi, je ne comprends pas qu'on permette à ce Morok d'attacher sa panthère dans un coin du théâtre avec une chaîne à un anneau de fer… Si la chaîne cassait?

— À propos de chaîne brisée… voilà la petite Mme de Blinville, qui n'est pas une tigresse… La voyez-vous aux secondes de face…

— Ça lui va très bien d'avoir brisé, comme vous dites, la chaîne conjugale; elle est très en beauté cette année.

— Ah! voici la belle duchesse de Saint-Prix… Mais tout ce qu'il y a d'élégant est ici ce soir… Je ne dis par ça pour nous.