— Ne trouvez-vous pas, repris le marquis s'adressant à Adrienne, que ces Indiens sont superbes à voir ainsi?…
— Peut-être… ils auront assisté à une chasse pareille dans leur pays, dit Adrienne comme si elle eût voulu évoquer et braver ce qu'il y avait de plus cruel dans ses souvenirs.
— Adrienne…, dit tout à coup la marquise à Mlle de Cardoville d'une voix altérée, maintenant voilà le dompteur de bêtes assez près de vous… sa figure n'est-elle pas effrayante à voir? Je vous dis que cet homme a peur.
— Le fait est, ajouta le marquis très sérieusement cette fois, que sa pâleur est affreuse et qu'elle semble augmenter de minute en minute… à mesure qu'il s'approche de ce côté… On dit que s'il perdait son sang-froid une minute il courrait le plus grand péril.
— Ah!… ce serait horrible, s'écria la marquise en s'adressant à
Adrienne là, sous nos yeux… s'il était blessé…
— Est-ce qu'on meurt d'une blessure!… répondit Adrienne à la marquise avec un accent d'une si froide indifférence que la jeune femme regarda Mlle de Cardoville avec surprise et lui dit:
— Ah! ma chère… ce que vous dites là est cruel!…
— Que voulez-vous? c'est l'atmosphère qui nous entoure qui réagit sur moi, dit la jeune fille avec un sourire glacé.
— Voyez… voyez… le dompteur de bêtes va tirer sa flèche sur la panthère, dit tout à coup le marquis; c'est sans doute après qu'il simulera le combat corps à corps.
Morok était à ce moment sur le devant du théâtre, mais il lui fallait le traverser dans sa largeur pour arriver jusqu'à l'entrée de la caverne. Il s'arrêta un moment, ajusta une flèche sur la corde de son arc, se mit à genoux derrière un bloc de rocher, visa longtemps… le trait siffla et alla se perdre dans la profondeur de la caverne, où la panthère s'était retirée après avoir un instant montré sa tête menaçante.