— Oh!… je souffre… je brûle… Puis, cédant à un transport furieux, Rodin, du bout de ses ongles, labourait sa poitrine nue, car il avait fait sauter les boutons de son gilet et à demi déchiré sa chemise noire et crasseuse, comme si la pression de ces vêtements eût augmenté la violence des douleurs sous lesquelles il se tordait. L'évêque, le cardinal et le père d'Aigrigny se rapprochèrent vivement de Rodin et l'entourèrent pour le contenir; il éprouvait d'horribles convulsions; tout à coup, rassemblant ses forces, il se dressa sur ses pieds, droit et roide comme un cadavre; alors, ses vêtements en désordre, ses rares cheveux gris hérissés autour de sa face verte, attachant ses yeux rouges et flamboyants sur le cardinal, qui à ce moment se penchait vers lui, il le saisit de ses deux mains convulsives, et avec un accent terrible il s'écria d'une voix étranglée:
— Cardinal Malipieri… cette maladie est trop subite; on se défie de moi à Rome… vous êtes de la race des Borgia… et votre secrétaire… était chez moi ce matin…
— Malheureux!… qu'ose-t-il dire?… s'écria le prélat aussi stupéfait qu'indigné de cette accusation.
Ce disant, le cardinal tâchait de se débarrasser de l'étreinte du jésuite, dont les doigts crispés avaient la roideur du fer.
— On m'a empoisonné… murmura Rodin. Et, s'affaissant sur lui- même, il retomba dans les bras du père d'Aigrigny.
Malgré son effroi, le cardinal eut le temps de dire tout bas à celui-ci:
— Il croit qu'on veut l'empoisonner… il machine donc quelque chose de bien dangereux! La porte du salon s'ouvrit: c'était le docteur Baleinier.
— Ah! docteur! s'écria la princesse, pâle, effrayée, en courant à lui, le père Rodin vient d'être attaqué subitement de convulsions affreuses… venez… venez.
— Des convulsions… ce n'est rien, calmez-vous, madame, dit le docteur en jetant son chapeau sur un meuble et en s'approchant à la hâte du groupe qui entourait le moribond.
— Voici le docteur… s'écria la princesse.