Rodin, couché sur le tapis, les membres contournés par des crampes affreuses, se tordait dans des douleurs intolérables; la violence de sa chute avait sans doute réveillé ses esprits, car il murmurait d'une voix sépulcrale:

— Ils me laissent… mourir… là… comme un chien… Oh! les lâches!… au secours!… personne…

Et le moribond, s'étant renversé sur le dos par un mouvement convulsif, tournant vers le plafond sa face de damné, où éclatait un espoir infernal, répétait encore:

— Personne… personne… Ses yeux, tout à coup flamboyants et féroces, rencontrèrent les grands yeux bleus de l'angélique et blonde figure de Gabriel, qui, s'agenouillant auprès de lui, lui dit de sa voix douce et grave:

— Me voici, mon père… je viens vous secourir, si vous pouvez être secouru… priez pour vous, si le Seigneur vous rappelle à lui.

— Gabriel!… murmura Rodin d'une voix éteinte, pardon… pour le mal… que je vous ai fait… Pitié!… ne m'abandonnez pas!… ne…

Rodin ne put achever; il était parvenu à se soulever sur son séant, il poussa un cri et retomba sans mouvement.

* * * * *

Le même jour, dans les journaux du soir, on lisait:

«Le choléra est à Paris… le premier cas s'est déclaré aujourd'hui, à trois heures et demie, rue de Babylone, à l'hôtel de Saint-Dizier.»