— Eh pardieu!… c'est quelque locataire malfaisant et bourru, quelque animal ennemi de la joie, qui cogne à son plancher pour nous dire de chanter moins haut, dit Nini-Moulin.
— Alors, règle générale, reprit sentencieusement l'élève du grand peintre, un locataire ou propriétaire quelconque demande-t-il du silence, la tradition veut qu'on lui réponde à l'instant par un charivari infernal, destiné, s'il se peut, à rendre immédiatement sourd le réclamant. Telles sont du moins, ajouta modestement le rapin, telles sont du moins les relations étrangères que j'ai toujours vu pratiquer entre puissances plafonitrophes.
Ce néologisme un peu risqué fut accueilli par des rires et des bravos universels.
Pendant ce tumulte, Morok interrogea un des garçons, reçut sa réponse et s'écria d'une voix perçante qui domina le tapage:
— Je demande la parole.
— Accordé! cria-t-on gaiement.
Pendant le silence qui suivit l'allocution de Morok, le bruit s'entendit de nouveau: il était cette fois plus précipité.
— Le locataire est innocent, dit Morok avec un sourire sinistre; il est incapable de s'opposer en rien aux élans de notre joie.
— Alors, pourquoi frappe-t-il comme un sourd? dit Nini-Moulin en vidant son verre.
— Comme un sourd qui a perdu son bâton? ajouta le rapin.