Si habituée qu'elle fût à l'audace de l'affilié de la congrégation, Mlle de Cardoville ne put s'empêcher de lui dire avec un sourire de dédain amer:
— Quelle imprudente probité est donc la vôtre, monsieur! Quelle effronterie dans votre zèle à bien gagner l'argent!… Jamais un moment sans votre masque: toujours la ruse, le mensonge aux lèvres. Vraiment, si cette honteuse comédie vous fatigue autant qu'elle me cause de dégoût et de mépris, on ne vous paye pas assez cher.
— Hélas! dit le docteur d'un ton pénétré, toujours cette imagination de croire que vous n'aviez pas besoin de mes soins! que je joue la comédie quand je vous parle de l'état affligeant où vous étiez lorsqu'on a été obligé de vous conduire ici à votre insu! Mais, sauf cette petite marque d'insanité rebelle, votre position s'est merveilleusement améliorée; vous marchez à une guérison complète. Plus tard, votre excellent coeur me rendra la justice qui m'est due et un jour… je serais jugé comme je dois l'être.
— Je le crois, monsieur, oui, le jour approche où vous serez jugé comme vous devez l'être, dit Adrienne en appuyant sur ces mots.
— Toujours cette autre idée fixe, dit le docteur avec une sorte de commisération. Voyons, soyez donc plus raisonnable… ne pensez plus à cet enfantillage.
— Renoncer à demander aux tribunaux réparation pour moi et flétrissure pour vous et vos complices?… Jamais, monsieur… oh! jamais!
— Bon!! dit le docteur en haussant les épaules, une fois dehors… Dieu merci! vous aurez à songer à bien d'autres choses… ma belle ennemie.
— Vous oubliez pieusement, je le sais, le mal que vous faites…
Mais moi, monsieur, j'ai meilleure mémoire.
— Parlons sérieusement; avez-vous réellement la pensée de vous adresser aux tribunaux? reprit le docteur Baleinier d'un ton grave.
— Oui, monsieur. Et, vous le savez… ce que je veux… je le veux fermement.