— Oui!… oui!… s'écrièrent plusieurs voix tremblantes de colère; il nous faut la vie de l'un ou de l'autre.

— Ou de tous les deux…

— Tant pis! pourquoi ce calotin veut-il nous empêcher d'écharper notre empoisonneur!

— À mort! à mort! À cette explosion de cris féroces, qui retentit d'une façon effrayante au milieu des gigantesques arceaux de la cathédrale, la foule, ivre de rage, se précipita vers la grille du choeur, à la porte duquel se tenait Gabriel. Le jeune missionnaire, qui, mis en croix par les sauvages des montagnes Rocheuses, priait encore le Seigneur de pardonner à ses bourreaux, avait trop de courage dans le coeur, trop de charité dans l'âme pour ne pas risquer mille fois sa vie afin de sauver le père d'Aigrigny… cet homme qui l'avait trompé avec une si lâche et si cruelle hypocrisie.

XI. Les meurtriers.

Le carrier, suivi de la bande, courant vers Gabriel, qui avait fait quelques pas de plus en avant de la grille du choeur, s'écria les yeux étincelants de rage:

— Où est l'empoisonneur! il nous le faut…

— Et qui vous a dit qu'il fût empoisonneur, mes frères! reprit Gabriel, de sa voix pénétrante et sonore. Un empoisonneur!… et où sont les preuves!… les témoins!… les victimes!…

— Assez!… nous ne sommes pas ici à confesse… répondit brutalement le carrier d'un air menaçant.

— Rendez-nous notre homme, il faut qu'il y passe… sinon, vous payerez pour lui…