— Je suis désolé d'avoir à vous apprendre, monseigneur, que le révérend père refuse opiniâtrement de voir personne; il prétend avoir besoin d'un repos absolu… Quoique très abattu, il a l'air sombre, courroucé… Je ne serais pas étonné qu'il eût entendu Votre Éminence parler de le faire embaumer… et…
Le cardinal, interrompant M. Rousselet, lui dit:
— Ainsi le père Rodin a eu son dernier accès de délire cette nuit?
— Oui, monseigneur, de trois à cinq heures et demie du matin.
— De trois à cinq heures du matin, répéta le prélat, comme s'il eût voulu fixer ce détail dans sa mémoire, et cet accès n'a offert rien de particulier?
— Non, monseigneur! ainsi que Votre Éminence a pu s'en convaincre par la lecture de cette note, il est impossible de rassembler plus de paroles incohérentes.
Puis, voyant le prélat se diriger vers la porte de l'autre chambre, M. Rousselet ajouta:
— Mais, monseigneur, le révérend père ne veut absolument voir personne… il a besoin d'un repos absolu avant l'opération qu'on va lui faire tout à l'heure… et il serait dangereux peut-être de…
Sans répondre à cette observation, le cardinal entra dans la chambre de Rodin.
Cette pièce, assez vaste, éclairée par deux fenêtres, était simplement, mais commodément meublée: deux tisons brûlaient lentement dans les cendres de l'âtre, envahi par une cafetière, un pot de faïence et un poêlon, où grésillait un épais mélange de farine de moutarde; sur la cheminée on voyait épars plusieurs morceaux de linge et des bandes de toile. Il régnait dans cette chambre cette odeur pharmaceutique émanant de médicaments, particulière aux endroits occupés par les malades, mélangée d'une senteur si âcre, si putride, si nauséabonde, que le cardinal s'arrêta un moment auprès de la porte sans avancer.