— Comment! de quels aveux! s'écria le cardinal stupéfait, mais de vos aveux sur les dangereuses intrigues que vous avez nouées à Rome.

— Quelles intrigues! demanda Rodin.

— Mais les intrigues que vous avez révélées pendant votre délire, reprit le prélat avec une impatience de plus en plus irritée. Vos aveux n'ont-ils pas été assez explicites! Pourquoi donc maintenant cette coupable hésitation à les compléter!

— Mes aveux ont été… explicites!… vous m'en assurez!… dit Rodin en s'interrompant presque après chaque mot, tant il était oppressé. Mais l'énergie de sa volonté, se présence d'esprit ne l'abandonnaient pas encore.

— Oui, je vous le répète, reprit le cardinal, sauf quelques lacunes, vos aveux ont été des plus explicites.

— Alors… à quoi bon… vous les répéter!

Et le même sourire ironique effleura les lèvres bleuâtres de
Rodin.

— À quoi bon! s'écria le prélat courroucé. À mériter le pardon: car, si l'on doit indulgence et rémission au pécheur repentant qui avoue ses fautes, on ne doit qu'anathème et malédiction au pécheur endurci.

— Oh!… quelle torture!… c'est mourir à petit feu, murmura Rodin; et il reprit: — Puisque j'ai tout dit… je n'ai plus rien à vous apprendre… vous savez tout.

— Je sais tout… Oui, sans doute, je sais tout, reprit le prélat d'une voix foudroyante; mais comment ai-je été instruit! Par des aveux que vous faisiez sans avoir seulement la conscience de votre action, et vous pensez que cela vous sera compté!… Non… non… croyez-moi, le moment est solennel, la mort vous menace, oui! elle vous menace; tremblez donc… de faire un mensonge sacrilège, s'écria le prélat de plus en plus courroucé et secouant rudement le bras de Rodin; redoutez les flammes éternelles si vous osez nier ce que vous savez être la vérité… Le niez-vous!…