La Mayeux, se levant, se jeta dans les bras de sa soeur… Toutes deux se tinrent longtemps embrassées… Il y eut quelques secondes d'un silence profond, solennel, seulement interrompu par les sanglots des deux soeurs, car alors seulement elles se mirent à pleurer.

— Oh! mon Dieu! s'aimer ainsi… et se quitter… pour jamais, dit Céphyse, c'est bien cruel!… pourtant.

— Se quitter!… s'écria la Mayeux… et son pâle et doux visage inondé de larmes resplendit tout à coup d'une divine espérance; se quitter, soeur, oh! non, non. Ce qui me rend calme… vois-tu… c'est que je sens là, au fond du coeur, une aspiration profonde, certaine, vers ce monde meilleur où une vie meilleure nous attend! Dieu… si grand, si clément, si prodigue, si bon, n'a pas voulu, lui, que ses créatures fussent à jamais malheureuses, mais quelques hommes égoïstes, dénaturant son oeuvre, réduisent leurs frères à la misère et au désespoir… Plaignons les méchants et laissons-les… Viens là-haut, soeur… les hommes n'y sont rien, Dieu y règne… viens là-haut, soeur; on y est mieux… partons vite… car il est tard.

Ce disant, la Mayeux montra les rouges lueurs du couchant qui commençaient à empourprer les carreaux de la fenêtre.

Céphyse, entraînée par la religieuse exaltation de sa soeur, dont les traits, pour ainsi dire transfigurés par l'espoir d'une délivrance prochaine, brillaient doucement colorés par les rayons du soleil couchant, Céphyse saisit les deux mains de sa soeur, et, la regardant avec un profond attendrissement, s'écria:

— Oh! ma soeur, comme tu es belle ainsi!

— La beauté me vient un peu tard, dit la Mayeux en souriant tristement.

— Non, soeur, car tu parais si heureuse… que les derniers scrupules que j'avais encore pour toi s'effacent tout à fait.

— Alors, dépêchons-nous, dit la Mayeux en montrant le réchaud à sa soeur.

— Sois tranquille, soeur, ce ne sera pas long, dit Céphyse. Et elle alla prendre le réchaud rempli de charbon qu'elle avait placé dans un coin de la mansarde, et l'apporta au milieu de cette petite pièce.