— Ma soeur!… s'écria Céphyse effrayée, en soulevant la tête de la Mayeux entre ses deux mains pour la regarder, toi… déjà, ma soeur… mais moi?
La douce figure de la Mayeux n'était pas plus pâle que de coutume, seulement ses yeux, à demi fermés, n'avaient plus de regard; un demi-sourire rempli de tristesse et de bonté erra encore un instant sur ses lèvres violettes, d'où s'échappait un souffle imperceptible… puis sa bouche devint immobile: l'expression du visage était d'une grande sérénité.
— Mais tu ne dois pas mourir avant moi… s'écria Céphyse d'une voix déchirante en couvrant de baisers les joues de la Mayeux, qui se refroidirent sous ses lèvres. Ma soeur… attends-moi… attends-moi…
La Mayeux ne répondit pas; sa tête, que Céphyse abandonna un moment, retomba doucement sur la paillasse.
— Mon Dieu! je te le jure… ce n'est pas ma faute si nous ne mourrons pas ensemble!… s'écria avec désespoir Céphyse agenouillée devant la couche où était étendue la Mayeux. Morte!… murmura Céphyse épouvantée, la voilà morte… avant moi… c'est peut-être que je suis la plus forte… Ah!… heureusement… je commence… comme elle… tout à l'heure… à voir d'un bleu sombre… oh!… je souffre… quel bonheur!… Oh! l'air me manque… Soeur, ajouta-t-elle en jetant ses bras autour du cou de la Mayeux, me voilà… je viens…
Soudain, un bruit de pas et de voix se fit entendre dans l'escalier. Céphyse avait encore assez de présence d'esprit pour que ces sons arrivassent jusqu'à elle. Toujours étendue sur le corps de sa soeur, elle redressa la tête. Le bruit se rapprocha de plus en plus; bientôt une voix s'écria au dehors, à peu de distance de la porte:
— Grand Dieu!… quelle odeur de charbon!…
Et au même instant les ais de la porte furent ébranlés, tandis qu'une autre voix s'écriait:
— Ouvrez!… ouvrez!
— On va entrer… me sauver… moi!… et ma soeur morte… Oh! non… je n'aurai pas la lâcheté de lui survivre.