— Cela est vrai, mademoiselle… Tels étaient les termes de ma lettre; mais quel intérêt avait-on à vous le cacher?

— On craignait de vous voir revenir auprès de moi, mon bon ange gardien… vous m'aimez si tendrement… Mes ennemis ont redouté votre fidèle affection, merveilleusement servie par l'admirable instinct de votre coeur… Ah! je n'oublierai jamais combien était méritée l'horreur que vous inspirait un misérable que je défendais contre vos soupçons.

— M. Rodin?… dit la Mayeux en frémissant.

— Oui… répondit Adrienne; mais ne parlons pas maintenant de ces gens-là… Leur odieux souvenir gâterait la joie que j'éprouve à vous voir renaître… car votre voix est moins faible, vos joues se colorent un peu. Dieu soit béni; je suis si heureuse de vous retrouver!… Si vous saviez tout ce que j'espère, tout ce que j'attends de notre réunion! car nous ne nous quitterons plus, n'est-ce pas? Oh! promettez-le-moi… au nom de notre amitié!

— Moi… mademoiselle… votre amie! dit la Mayeux en baissant timidement les yeux…

— Il y a quelques jours, avant votre départ de chez moi, ne vous appelais-je pas mon amie, ma soeur? Qu'y a-t-il de changé? Rien… rien, ajouta Mlle de Cardoville avec un profond attendrissement; on dirait, au contraire, qu'un fatal rapprochement dans nos positions me rend votre amitié plus chère… plus précieuse encore; et elle m'est acquise, n'est-ce pas?… Oh! ne me refusez pas, j'ai tant besoin d'une amie…

— Vous… mademoiselle… vous auriez besoin de l'amitié d'une pauvre créature comme moi?

— Oui, répondit Adrienne en regardant la Mayeux avec un expression de douleur navrante — et bien plus… vous êtes peut- être la seule personne à qui je pourrais… à qui j'oserais confier des chagrins… biens amers…

Et les joues de Mlle de Cardoville se colorèrent vivement.

— Et qui me mérite une pareille marque de confiance, mademoiselle? demanda la Mayeux de plus en plus surprise.