Aussitôt après le départ d'Adrienne, Agricol s'agenouilla devant la couche de la Mayeux, et lui dit avec une émotion profonde:

— Nous sommes seuls… je puis enfin te dire ce que j'ai sur le coeur. Tiens… vois-tu!… c'est affreux, ce que tu as fait… mourir de misère… de désespoir… et ne pas m'appeler auprès de toi?

— Agricol… écoute-moi…

— Non… tu n'as pas d'excuse… À quoi sert donc, mon Dieu! de nous être appelés frère et soeur, de nous être donné pendant quinze ans les preuves de la plus sincère affection, pour qu'au jour du malheur tu te décides ainsi à quitter la vie sans t'inquiéter de ceux que tu laisses… sans songer que te tuer, c'est leur dire: «Vous n'êtes rien pour moi!»

— Pardon, Agricol… c'est vrai… je n'avais pas pensé à cela, dit la Mayeux en baissant les yeux; mais… la misère… le manque de travail!…

— La misère… le manque de travail! et moi donc, est-ce que je n'étais pas là?

— Le désespoir!…

— Et pourquoi le désespoir? Cette généreuse demoiselle te recueille chez elle; appréciant ce que tu vaux, elle te traite comme son amie, et c'est au moment où tu n'as jamais eu plus de garantie de bonheur… pour l'avenir, pauvre enfant… que tu abandonnes brusquement la maison de Mlle de Cardoville… nous laissant tous dans une horrible anxiété sur ton sort!

— Je… je… craignais d'être à charge… à ma bienfaitrice… dit la Mayeux en balbutiant.

— Toi à charge… à Mlle de Cardoville… elle si riche, si bonne!…