— Et que faisais-je donc, en te donnant sans cesse un sobriquet odieusement ridicule… au lieu de t'appeler par ton nom.

À ces mots, la Mayeux regarda le forgeron avec effroi, tremblant qu'il ne fût instruit de son triste secret, malgré l'assurance contraire qu'elle avait reçue de Mlle de Cardoville; pourtant elle se calma en pensant qu'Agricol avait pu réfléchir à l'humiliation qu'elle devait éprouver à s'entendre sans cesse appeler la Mayeux. Aussi répondit-elle en s'efforçant de sourire:

— Peux-tu te chagriner pour si peu de chose? C'était, comme tu le dis, Agricol, une habitude d'enfance… Ta bonne et tendre mère, qui me traitait comme sa fille… m'appelait aussi la Mayeux, tu le sais bien.

— Et ma mère… est-elle aussi allée te consulter sur mon mariage, te parler de la rare beauté de ma fiancée, te prier de voir cette fille, d'étudier son caractère, dans l'espoir que l'instinct de ton attachement pour moi t'avertirait… si je faisais un mauvais choix? Dis, ma mère a-t-elle eu cette cruauté? Non… c'est moi qui ainsi te déchirais le coeur.

Les craintes de la Mayeux se réveillèrent; plus de doute, Agricol savait son secret. Elle se sentit mourir de confusion; pourtant, faisant un dernier effort pour ne pas croire à cette découverte, elle murmura d'une voix faible:

— En effet… Agricol… ce n'est pas ta mère qui m'a priée de cela… c'est toi… et… et… je t'ai su gré de cette preuve de confiance.

— Tu m'en as su gré… malheureuse enfant! s'écria le forgeron les yeux remplis de larmes; non, ce n'est pas vrai car je te faisais un mal affreux… j'étais impitoyable… sans le savoir… mon Dieu!

— Mais… dit la Mayeux d'une voix à peine intelligible, pourquoi penses-tu cela?

— Pourquoi? parce que tu m'aimais! s'écria le forgeron d'une voix palpitante d'émotion, en serrant fraternellement la Mayeux entre ses bras.

— Oh! mon Dieu!… murmura l'infortunée en tâchant de cacher son visage entre ses mains, il sait tout.