Et, en prononçant ces mots, Faringhea s'approcha de Djalma, afin d'attirer son attention. Voyant qu'il n'y réussissait pas, il fit quelques pas de plus, et reprit:
— Votre joie semble bien grande, monseigneur; faites-en connaître le sujet à votre pauvre et fidèle serviteur, afin qu'il puisse s'en réjouir avec vous.
S'il avait entendu les paroles du métis, Djalma n'en avait écouté aucune, il ne répondit pas; ses grands yeux noirs nageaient dans le vide, il semblait sourire avec adoration à une vision enchanteresse, les deux mains croisées sur la poitrine, ainsi que les placent, pour prier, les gens de son pays. Après quelques instants de cette sorte de contemplation, il dit:
— Quelle heure est-il?
Mais il semblait plutôt se faire cette demande à lui-même qu'à un tiers.
— Il est bientôt deux heures, monseigneur, dit Faringhea. Djalma, après avoir entendu cette réponse, s'assit et cacha sa figure dans ses mains, comme pour se recueillir et s'absorber complètement dans une ineffable méditation. Faringhea, poussé à bout par ses inquiétudes croissantes et voulant à tout prix attirer l'attention de Djalma, s'approcha de lui, et presque certain de l'effet des paroles qu'il allait prononcer, il lui dit d'une voix lente et pénétrante:
— Monseigneur… ce bonheur qui vous transporte, vous le devez, j'en suis sûr, à Mlle de Cardoville.
À peine ce nom fut-il prononcé que Djalma tressaillit, bondit sur son fauteuil, se leva, et regardant le métis en face, il s'écria comme s'il n'eût fait que de l'apercevoir:
— Faringhea… tu es ici!… Que veux-tu?
— Votre fidèle serviteur partage votre joie, monseigneur.