M. de Gernande s'inclina respectueusement devant Mlle de
Cardoville.
Pendant le court entretien du magistrat et d'Adrienne, tous deux avaient tourné entièrement le dos à M. Baleinier et à Rodin. Ce dernier, profitant de ce moment, mit vivement dans la main du docteur un billet qu'il venait d'écrire au crayon dans le fond de son chapeau. Baleinier, ébahi, stupéfait, regarda Rodin. Celui-ci fit un signe particulier en portant son pouce à son front, qu'il sillonna deux fois verticalement, puis demeura impassible. Ceci s'était passé si rapidement que, lorsque M. de Gernande se retourna, Rodin, éloigné de quelques pas du docteur Baleinier, regardait Mlle de Cardoville avec un respectueux intérêt.
— Permettez-moi de vous accompagner, monsieur, dit le docteur en précédant le magistrat, auquel Mlle de Cardoville fit un salut plein d'affabilité.
Tous deux sortirent, Rodin resta seul avec Mlle de Cardoville.
Après avoir conduit M. de Gernande jusqu'à la porte extérieure de sa maison, M. Baleinier se hâta de lire le billet écrit par Rodin; il était conçu en ces termes:
«Le magistrat se rend au couvent par la rue, courez-y par le jardin; dites à la supérieure d'obéir à l'ordre que j'ai donné au sujet des deux jeunes filles; cela est de la dernière importance.»
Le signe particulier que Rodin lui avait fait et la teneur de ce billet prouvèrent au docteur Baleinier, marchant ce jour-là d'étonnements en ébahissements, que le secrétaire du révérend père, loin de trahir, agissait toujours _pour la plus grande gloire du Seigneur. _Seulement tout en obéissant, M. Baleinier cherchait en vain à comprendre le motif de l'inexplicable conduite de Rodin, qui venait de saisir la justice d'une affaire qu'on devait d'abord étouffer, et qui pouvait avoir les suites les plus fâcheuses pour le père d'Aigrigny, pour Mme de Saint-Dizier et pour lui, Baleinier.
Mais revenons à Rodin, resté seul avec Mlle de Cardoville.
VII. Le secrétaire du père d'Aigrigny.
À peine le magistrat et le docteur Baleinier eurent-ils disparu, que Mlle de Cardoville, dont le visage rayonnait de bonheur, s'écria en regardant Rodin avec un mélange de respect et de reconnaissance: