Et de ses larges prunelles grises, rondes et brillantes comme celles d'un oiseau de proie, il fixa M. Hardy d'un air sévère. L'infortuné tressaillit sous ce regard presque fascinateur, et répondit en souriant:
— J'écrirai… mon père… j'écrirai… mais, je vous en supplie… dictez… ma tête est trop faible… dit M. Hardy en essuyant des pleurs de sa main brûlante et fiévreuse.
Le père d'Aigrigny dicta les lignes suivantes: «Mon cher Agricol, j'ai réfléchi qu'un entretien avec vous serait inutile… il ne servirait qu'à réveiller des chagrins cuisants, que je suis parvenu à oublier avec l'aide de Dieu et des douces consolations que m'offre la religion…» Le révérend père s'interrompit un moment; M. Hardy pâlissait davantage, et sa main défaillante pouvait à peine tenir la plume; son front était baigné d'une sueur froide. Le père d'Aigrigny tira un mouchoir de sa poche et, essuyant le visage de sa victime, il lui dit avec un retour d'affectueuse sollicitude:
— Allons, mon cher et tendre fils… un peu de courage, ce n'est pas moi qui vous ai engagé à refuser cet entretien… n'est-ce pas!… au contraire… mais puisque, pour votre repos, vous le voulez ajourner, tâchez de terminer cette lettre… car, enfin, qu'est-ce que je désire, moi! vous voir désormais jouir d'un calme ineffable et religieux après tant de pénibles agitations.
— Oui… mon père… je le sais, vous êtes bon… répondit
M. Hardy d'une voix reconnaissante, pardonnez-moi ma faiblesse…
— Pouvez-vous continuer cette lettre… mon cher fils!
— Oui… mon père.
— Écrivez donc. Et le révérend père continua de dicter:
«Je jouis d'une paix profonde, je suis entouré de soins, et, grâce à la miséricorde divine, j'espère faire une fin toute chrétienne loin d'un monde dont je reconnais la vanité… Je ne vous dis pas adieu, mais au revoir, mon cher Agricol… car je tiens à vous dire à vous-même les voeux que je fais et que je ferai toujours pour vous et pour vos dignes camarades. Soyez mon interprète auprès d'eux; dès que je jugerai à propos de vous recevoir, je vous l'écrirai; jusque-là, croyez-moi toujours votre bien affectionné…»
Puis le révérend père, s'adressant à M. Hardy: