— Que voulez-vous dire, monsieur?

— Pendant que je venais vous avertir qu'on vous trahissait d'une manière infâme… moi-même… je…

Rodin s'interrompit comme s'il eût été vaincu par une vive émotion, sa physionomie exprima une douleur si accablante que M. Hardy lui dit avec intérêt:

— Qu'avez-vous, monsieur?…

— Pardon, reprit Rodin en souriant avec amertume. Grâce aux religieux conseils de l'angélique abbé Gabriel, je suis parvenu à comprendre la résignation; pourtant, parfois encore, à de certains souvenirs, j'éprouve une douleur aiguë… Je vous disais donc, reprit Rodin d'une voix assurée, que le lendemain du jour où j'étais allé vous dire: «On vous trompe…» j'étais moi-même victime d'une horrible déception… Un fils adoptif, un malheureux enfant abandonné que j'avais recueilli…

Puis, s'interrompant encore, il passa sa main tremblante sur ses yeux et dit:

— Pardon, monsieur… de vous parler de peines qui vous sont indifférentes… Excusez l'indiscrète douleur d'un pauvre vieillard bien abattu…

— Monsieur, j'ai trop souffert pour qu'aucun chagrin me soit indifférent, répondit M. Hardy. D'ailleurs, vous n'êtes pas un étranger pour moi… vous m'avez rendu un véritable service… et nous ressentons tous deux une vénération commune pour un jeune prêtre…

— L'abbé Gabriel! s'écria Rodin en interrompant M. Hardy; ah! monsieur, c'est mon sauveur… mon bienfaiteur… Si vous saviez ses soins, son dévouement pour moi pendant ma longue maladie, qu'une affreuse douleur avait causée… si vous saviez la douceur ineffable des conseils qu'il me donnait!…

— Si je le sais!… monsieur, s'écria M. Hardy, oh! oui, je sais combien son influence est salutaire.