— Une cellule… une tombe… et l'extase avec elle!… La porte de la chambre s'ouvrit, et le père d'Aigrigny entra portant un manteau sur son bras. Un domestique le suivait portant une lumière à la main.

* * * * *

Environ dix minutes après cette scène, une douzaine d'hommes robustes, à figure franche et ouverte, et conduits par Agricol, entraient dans la rue de Vaugirard et se dirigeaient d'un pas joyeux vers la porte des révérends pères. C'était une députation des anciens ouvriers de M. Hardy; ils venaient le chercher et le remercier de son prochain retour parmi eux. Agricol marchait à leur tête. Tout à coup il vit de loin une voiture de poste sortir de la maison de retraite; les chevaux, lancés et vivement fouettés par le postillon, arrivaient au grand trot. Hasard ou instinct, plus cette voiture s'approchait du groupe dont il faisait partie, plus le coeur d'Agricol se serrait… Cette impression devint si vive, qu'elle se changea bientôt en une prévision terrible; et au moment où ce coupé, dont tous les stores étaient baissés, allait passer devant lui, le forgeron obéissant à un pressentiment insurmontable, s'écria en s'élançant à la tête des chevaux:

— Amis… à moi!

— Postillon!… dix louis!… au galop!… écrase-le sous tes roues! cria, derrière le store, la voix militaire du père d'Aigrigny.

On était en plein choléra; le postillon avait entendu parler des massacres des empoisonneurs; déjà fort effrayé de la brusque agression d'Agricol, il lui asséna sur la tête un vigoureux coup de manche de fouet, qui étourdit et renversa le forgeron; puis, piquant son porteur à l'éventrer, le postillon mit ses trois chevaux au triple galop, et la voiture disparut rapidement, pendant que les compagnons d'Agricol, qui n'avaient compris ni son action ni le sens de ces paroles, s'empressaient autour du forgeron et tâchaient de le ranimer.

XXXVIII. Les souvenirs.

D'autres événements se passèrent quelques jours après la funeste soirée où M. Hardy, égaré jusqu'à la folie par la déplorable exaltation mystique que Rodin était parvenu à lui inspirer, avait supplié à mains jointes le père d'Aigrigny de le conduire loin de Paris, dans une profonde solitude, afin de pouvoir s'y livrer, loin du monde à une vie de prières et d'austérités ascétiques.

Le maréchal Simon, depuis son arrivée à Paris, occupait avec ses deux filles une maison de la rue des Trois-Frères.

Avant d'introduire le lecteur dans cette modeste demeure, nous sommes obligé de rappeler sommairement quelques faits à la mémoire du lecteur.