— Et qui a pu amener ce brusque changement dans l'esprit du maréchal? dit la princesse d'un air pensif; on comptait au contraire sur des chagrins, sur des irritations de toute sorte pour le jeter dans cette aventureuse entreprise.
— Je m'y perds, dit Rodin en réfléchissant; mais il m'importe, il est parti: il ne faut pas perdre un moment pour agir sur ses filles… A-t-il emmené ce maudit soldat?
— Non… dit le père d'Aigrigny, malheureusement non… mis en défiance et instruit par le passé, il va redoubler de précautions, et un homme qui aurait pu, dans un cas désespéré, nous servir contre lui… vint d'être frappé par la contagion.
— Qui donc cela? demanda la princesse.
— Morok… Je pouvais compter sur lui en tout, pour tout, partout… et il est perdu, car, s'il échappe à la contagion, il est à craindre qu'il ne succombe à un mal horrible et incurable.
— Que dites-vous?…
— Il y a peu de jours, il a été mordu par un des molosses de sa ménagerie, et le lendemain la rage s'est déclarée chez le chien.
— Ah! c'est affreux! s'écria la princesse. Et où est ce malheureux?
— On l'a transporté dans une des ambulances provisoires établies à Paris, car le choléra seul s'est déclaré chez lui jusqu'à présent… et, je le répète, c'est un double malheur, car c'était un homme dévoué, décidé et prêt à tout… Or, le soldat, gardien des orphelines, sera d'un abord presque impossible, et par lui seul cependant on peut arriver aux filles du maréchal Simon.
— C'est évident, dit Rodin d'un air pensif.