— Eh bien! après? fit Rodin.

— Eh il pouvait oublier… que je suis prêtre… et…

— Ah! vous avez peur?… dit dédaigneusement Rodin en interrompant le père d'Aigrigny.

À ces mots de Rodin: «Vous avez peur» le révérend père bondit sur sa chaise; puis, reprenant son sang-froid, il ajouta:

— Votre Révérence ne se trompe pas; oui, j'aurais peur… oui… Dans une circonstance pareille… J'aurais peur d'oublier que je suis prêtre… et de trop me souvenir que j'ai été soldat.

— Vraiment? dit Rodin avec un souverain mépris… vous en êtes encore là… à ce niais et sauvage point d'honneur? Votre soutane n'a pas éteint ce beau feu? Ainsi, ce sabreur, dont j'étais bien sûr de détraquer la pauvre cervelle, vide et sonore comme un tambour, en prononçant quelques mots magiques pour ces batailleurs stupides: Honneur militaire… serment… Napoléon II, ainsi, ce sabreur, s'il se fût porté contre vous à quelque acte de violence, il vous eût fallu faire un grand effort pour rester calme?

Et Rodin attacha de nouveau son regard pénétrant sur le révérend père.

— Il est inutile, je crois, à Votre Révérence, de faire des suppositions semblables, dit le père d'Aigrigny en contenant difficilement son agitation.

— Comme votre supérieur, reprit sévèrement Rodin, j'ai le droit de vous demander ce que vous eussiez fait si le maréchal Simon avait levé la main sur vous…

— Monsieur! s'écria le révérend père.