— Pas précisément chez lui; vous monterez dans votre voiture, moi je prendrai un fiacre: je tenterai de m'introduire auprès des jeunes filles; pendant ce temps-là, vous m'attendrez à quelques pas de la maison du maréchal; si je réussis, si j'ai besoin de votre aide, j'irai vous trouver dans votre voiture; vous recevrez mes instructions, et rien n'aura paru concerté entre nous.

— Soit, mon révérend père; mais, en vérité, je tremble en songeant à votre entrevue avec ce soldat brutal, dit la princesse.

— Le seigneur veillera sur son serviteur, madame, répondit Rodin. Quant à vous, mon père, ajouta-t-il en s'adressant au père d'Aigrigny, faites à l'instant partir pour Vienne la note qui était prête, afin d'annoncer à qui vous savez le départ et la prochaine arrivée du maréchal. Tout est prévu. Ce soir, j'écrirai plus amplement.

Le lendemain matin, sur les huit heures, Mme de Saint-Dizier, dans sa voiture, et Rodin dans son fiacre, se dirigeaient vers la maison du maréchal Simon.

XLVII. Le bonheur.

Depuis deux jours le maréchal Simon est parti. Il est huit heures du matin. Dagobert, marchant avec de grandes précautions sur la pointe du pied, afin de ne pas faire crier le parquet, traverse le salon qui conduit à la chambre à coucher de Rose et de Blanche, et va discrètement coller son oreille à la porte de l'appartement des jeunes filles; Rabat-Joie suit exactement son maître, et semble marcher avec autant de précaution que lui.

La figure du soldat est inquiète, préoccupée; tout en s'approchant, il dit à demi-voix:

— Pourvu que ces chères enfants n'aient rien entendu… cette nuit! Cela les effrayerait, il vaut mieux qu'elles ne sachent cet événement que le plus tard possible. Cela serait capable de les attrister cruellement; pauvres petites, elles sont si gaies, si heureuses, depuis qu'elles savent l'amour de leur père pour elles!… Elles ont si bravement supporté son départ… Aussi, pourvu qu'elles ne soient pas instruites de l'accident de cette nuit! elles en seraient trop affligées!

Puis, prêtant encore l'oreille, le soldat reprit:

— Je n'entends rien… rien… Elles toujours éveillées de si bonne heure… c'est peut-être le chagrin.