— Il est devenu enragé?

— Oui!… il a avoué avoir été mordu, il y a peu de jours, par l'un des molosses qui gardent sa ménagerie; malheureusement, il n'a fait cet aveu qu'après le terrible accès qui a coûté la vie au malheureux que nous regrettons.

— Comment cela s'est-il donc passé?

— Morok occupait une chambre avec trois autres malades. Tout à coup, saisi d'une espèce de délire furieux, il se lève en poussant des cris féroces… et se précipite comme un fou dans le corridor… Le malheureux que nous regrettons se présente à lui et veut l'arrêter. Cette espèce de lutte exalte la frénésie de Morok, et il se jette sur celui qui s'opposait à son passage, le mord, le déchire… et tombe enfin dans d'horribles convulsions.

— Ah! vous avez raison, c'est affreux… Et malgré tous les secours, la victime de Morok?…

— Est morte cette nuit, au milieu de souffrances atroces; car l'émotion avait été si violente, qu'une fièvre cérébrale s'est aussitôt déclarée.

— Et Morok, est-il mort?

— Je ne sais pas… On a dû le transporter hier dans un hôpital, après l'avoir garrotté pendant l'état d'affaissement qui succède ordinairement à ces crises violentes; mais en attendant qu'il pût être emmené d'ici, on l'a enfermé dans une chambre haute de cette maison.

— Mais il est perdu?

— Il doit être mort… Les médecins ne lui donnaient pas vingt- quatre heures à vivre.