Et les deux soeurs tournèrent leurs regards expirants et tendirent leurs mains suppliantes vers Gabriel.

— Ô saintes martyres du plus généreux dévouement! s'écria le missionnaire en levant au ciel ses yeux baignés de larmes, âmes angéliques… trésors d'innocence et de candeur, remontez, remontez au ciel!… puisque, hélas! Dieu vous rappelle à lui, comme si la terre n'était pas digne de vous posséder.

— Ma soeur!… mon père!… Tels furent les mots suprêmes que les orphelines prononcèrent d'une voix mourante… Puis, les deux soeurs, par un dernier mouvement instinctif, semblèrent vouloir se serrer l'une contre l'autre, leurs paupières appesanties se soulevèrent à demi, comme pour échanger encore un regard; alors elles frissonnèrent deux ou trois fois, leurs membres s'affaissèrent… et un profond soupir s'exhala de leurs lèvres violettes faiblement entrouvertes… Rose et Blanche étaient mortes!… Gabriel et la soeur Marthe, après avoir fermé la paupière des orphelines, s'agenouillèrent pour prier auprès de la couche funèbre. Tout à coup un grand tumulte se fit entendre dans la salle. Bientôt des pas précipités, mêlés d'imprécations, retentirent; le rideau qui environnait cette scène lugubre s'ouvrit et Dagobert entra précipitamment, pâle, égaré, les habits en désordre…

À la vue de Gabriel et de la soeur de charité agenouillés auprès du corps de ses enfants, le soldat, pétrifié, poussa un cri terrible, essaya de faire un pas… mais en vain, car avant que Gabriel eût pu courir à lui, Dagobert tomba à la renverse, et sa tête grise rebondit sur le parquet.

* * * * *

Il fait… nuit… une nuit sombre, orageuse.

Une heure du matin vient de sonner à l'église de Montmartre. C'est au cimetière de Montmartre que, le même jour, on a transporté le cercueil qui, selon le voeu de Rose et de Blanche, les contenait toutes deux…

À travers l'ombre épaisse qui enveloppe le champ des morts, on voit errer une pâle lumière. C'est le fossoyeur. Il marche avec précaution, une lanterne sourde à la main. Un homme, enveloppé d'un manteau, l'accompagne; sa tête est baissée, il pleure. C'est Samuel.

Samuel… vieux juif… le gardien de la maison de la rue Saint-
François.

La nuit des funérailles de Jacques Rennepont, le premier mort des sept héritiers, enterré dans un autre cimetière, Samuel est aussi venu s'entretenir mystérieusement avec le fossoyeur… pour en obtenir à prix d'or… une faveur…