Alors entre ces deux hommes commença un mystérieux entretien que la nuit enveloppait de son ombre, de son silence.
Le fossoyeur, épouvanté de ce que Samuel lui demandait, refusa d'abord. Mais le juif, employant tour à tour la persuasion, les prières, les larmes, et enfin la séduction de l'or, que l'on entendit tinter, le fossoyeur, après une longue résistance, parut vaincu… Quoique frémissant à la pensée de ce qu'il promettait à Samuel, il lui dit d'une voix altérée:
— Dans la nuit de demain… à deux heures.
— Je serai derrière ce mur, dit Samuel en montrant, à l'aide de la lanterne, la clôture peu élevée; pour signal… je jetterai trois pierres dans le cimetière.
— Oui… pour signal, trois pierres, répondit le fossoyeur en frissonnant et en essuyant la sueur froide qui coulait sur son front.
Retrouvant un reste de vigueur, Samuel, malgré son grand âge, s'aidant des anfractuosités des pierres, escalada le mur peu élevé à cet endroit et disparut.
Le fossoyeur regagna sa maison à grands pas… regardant de temps à autre avec effroi derrière lui, comme s'il eût été poursuivi par quelque sinistre vision.
* * * * *
Le soir des funérailles de Rose et de Blanche, Rodin écrivit deux billets. Le premier, adressé à son mystérieux correspondant de Rome, faisait allusion à la mort de Jacques Rennepont, à la mort de Rose et de Blanche Simon, à la captation de M. Hardy et à la donation de Gabriel, événements qui réduisaient le nombre des héritiers à deux… à Mlle de Cardoville et à Djalma. Ce premier billet, écrit par Rodin et adressé à Rome, contenait ces seuls mots: «Qui de sept ôte cinq, reste DEUX. — Faites connaître ce résultat au cardinal-prince, et qu'il marche… car moi j'avance… j'avance… j'avance…» Le second billet, d'une écriture contrefaite, fut adressé et devait parvenir sûrement au maréchal Simon. Il contenait ce peu de mots:
«S'il en est temps encore, revenez en hâte, vos filles sont mortes.