Au bruit que fit le métis en entrant, Djalma tressaillit, releva la tête et regarda autour de lui avec surprise; mais, à la vue de cette physionomie pâle, bouleversée de l'esclave, il se leva vivement et, faisant quelques pas vers lui, s'écria:

— Qu'as-tu Faringhea? Après un moment de silence, et comme s'il eût cédé à une hésitation pénible, Faringhea, se jetant aux pieds de Djalma, murmura d'une voix faible, avec un accablement désespéré, presque suppliant:

— Je suis bien malheureux… ayez pitié de moi, monseigneur!

L'accent du métis fut si touchant, la grande douleur qu'il semblait éprouver donnait à ses traits, ordinairement impassibles et durs comme ceux d'un masque de bronze, une expression tellement navrante, que Djalma se sentit attendri et, se courbant pour relever le métis, lui dit avec affection:

— Parle, parle… la conscience apaise les tourments du coeur… Aie confiance, ami… et compte sur moi… l'ange me le disait il y a peu de jours encore: «L'amour heureux ne souffre pas de larmes autour de lui.»

— Mais l'amour infortuné, l'amour misérable, l'amour trahi… verse des larmes de sang, reprit Faringhea avec un abattement douloureux.

— De quel amour trahi parles-tu? dit Djalma surpris.

— Je parle de mon amour… répondit le métis d'un air sombre.

— De ton amour?… dit Djalma de plus en plus surpris; non que le métis, jeune encore et d'une figure d'une sombre beauté, lui parût incapable d'inspirer ou d'éprouver un sentiment tendre, mais parce qu'il n'avait pas cru jusqu'alors cet homme capable de ressentir un chagrin aussi poignant.

— Monseigneur, reprit le métis: vous m'aviez dit: «Le malheur t'a rendu méchant… sois heureux, et tu seras bon…» Dans ces paroles… j'avais vu un présage; on aurait dit que pour entrer dans mon coeur un noble amour attendait que la haine, que la trahison fussent sorties de ce coeur… Alors, moi, à demi sauvage, j'ai trouvé une femme belle et jeune qui répondait à ma passion; du moins je l'ai cru… mais j'avais été traître envers vous, monseigneur, et, pour les traîtres, même repentants, il n'est jamais de bonheur… À mon tour, j'ai été trahi… indignement trahi.