Et le métis porta convulsivement la main à un long poignard attaché à sa ceinture.
Il est une sorte de contagion funeste, fatale, dans certains emportements. À la vue des traits de Faringhea bouleversés par la jalousie et par la fureur, Djalma tressaillit; il se souvenait de l'accès de rage insensée dont il s'était senti possédé lorsque la princesse de Saint-Dizier avait défié Adrienne de nier qu'on eût trouvé caché dans sa chambre Agricol Baudoin, son amant prétendu.
Mais à l'instant rassuré par le maintien fier et digne de la jeune fille, Djalma n'avait bientôt éprouvé qu'un souverain mépris pour cette horrible calomnie, à laquelle Adrienne n'avait pas même daigné répondre. Deux ou trois fois cependant, ainsi qu'un éclair sillonne par hasard le ciel le plus pur et le plus radieux, le souvenir de cette indigne accusation avait traversé l'esprit de l'Indien comme un trait de feu, mais s'était presque aussitôt évanoui au milieu de la sérénité de son bonheur et de son ineffable confiance dans le coeur d'Adrienne.
Ces souvenirs et ceux des refus passionnés de la jeune fille, en attristant quelques instants Djalma, le rendirent cependant encore plus pitoyable envers Faringhea qu'il ne l'eût été sans ce rapprochement secret et étrange entre la position du métis et la sienne.
Sachant par lui-même à quel délire peut vous pousser une fureur aveugle, voulant continuer à dompter le métis à force d'affection et de bonté, Djalma lui dit d'une voix grave et douce:
— Je t'ai offert mon amitié… je veux agir avec toi selon cette amitié.
Mais le métis, semblant en proie à une sourde et muette fureur, les yeux fixes, hagards, ne parut pas entendre Djalma. Celui-ci, posant sa main sur l'épaule du métis, reprit:
— Faringhea… écoute-moi…
— Monseigneur, dit le métis en tressaillant brusquement comme s'il se fût éveillé en sursaut, pardon… mais…
— Dans les angoisses où de cruels soupçons te jettent… ce n'est pas à ton kanjiar que tu dois demander conseil… c'est à ton ami… et je te l'ai dit, je suis ton ami.