Le métis, paraissant vaincu par cette généreuse insistance, tomba aux pieds de Djalma, prit sa main, qu'il porta respectueusement d'abord à son front, puis à ses lèvres, et dit:

— Monseigneur… il faut être généreux jusqu'au bout et me pardonner.

— Que veux-tu que je te pardonne?

— Avant de venir auprès de vous… ce que vous m'offrez… j'avais eu l'audace de songer à vous le demander… Oui, ne sachant pas où pourrait m'emporter ma fureur… j'avais songé à vous demander cette preuve de bonté que vous n'accorderiez pas peut-être à vos égaux… mais, ensuite, je n'ai plus osé… J'ai aussi reculé devant l'aveu de la trahison que je redoute, et je suis seulement venu vous dire que j'étais bien malheureux… parce qu'à vous seul… au monde… je pouvais le dire.

On ne peut rendre la simplicité presque candide avec laquelle le métis prononça ces mots, l'accent pénétrant, attendri, mêlé de larmes, qui succéda à son emportement sauvage.

Djalma, vivement ému, lui tendit la main, le fit relever, et lui dit:

— Tu avais le droit de me demander une preuve d'affection. Je suis heureux de t'avoir prévenu… Allons… courage!… espère… À ce rendez-vous je t'accompagnerai, et si j'en crois mes voeux… de fausses apparences t'auront trompé.

Lorsque la nuit fut venue, le métis et Djalma, enveloppés de manteaux, montèrent dans un fiacre. Faringhea donna au cocher l'adresse de la maison de la Sainte-Colombe.

LX. Une soirée chez la Sainte-Colombe.

Djalma et Faringhea étaient montés en voiture et se dirigeaient vers la demeure de la Sainte-Colombe.