S'avançant, toujours à genoux, vers Adrienne, en élevant vers elle ses mains tremblantes… trop ému pour pouvoir prononcer un mot, il la contemplait avec tant de stupeur, tant d'amour, tant d'adoration, tant de reconnaissance… oui, de reconnaissance de ce qu'elle vivait… que la jeune fille, fascinée par ce regard inexplicable, muette aussi, immobile aussi, sentait aux battements précipités de son sein, à un sourd frémissement de terreur, qu'il s'agissait de quelque effrayant mystère.

Enfin… Djalma, joignant les mains, s'écria avec un accent impossible à rendre:

— Tu n'es pas morte!…

— Morte!… répéta la jeune fille stupéfaite.

— Ce n'était pas toi… Ce n'est pas toi… que j'ai tuée… Dieu est bon et juste…

En prononçant ces mots avec une joie insensée, le malheureux oubliait la victime qu'il avait frappée dans son erreur.

De plus en plus épouvantée, jetant de nouveau les yeux sur le poignard laissé sur le tapis, et s'apercevant alors qu'il était ensanglanté… terrible découverte qui confirmait les paroles de Djalma, Mlle de Cardoville s'écria:

— Vous avez tué… vous… Djalma! Ô mon Dieu! qu'est-ce qu'il dit! C'est à devenir folle!

— Tu vis… je te vois… tu es là… disait Djalma d'une voix palpitante, enivrée; te voilà, toujours belle, toujours pure… car ce n'était pas toi… Oh! non… si ç'avait été toi… je le disais bien… plutôt que de te tuer, le fer se serait retourné contre moi…

— Vous avez tué! s'écria la jeune fine, presque égarée par cette révélation imprévue, en joignant les mains avec horreur. Mais pourquoi? mais qui avez-vous tué?…