— Je veux que le prince Djalma ignore absolument quel est l'ami inconnu qui lui vient en aide; je désire que mon nom ne lui soit pas prononcé, et qu'il ne sache pas même que j'existe… quant à présent du moins… Plus tard… dans un mois peut-être… je verrai… les circonstances me guideront.
— Mais cet incognito, dit Rodin cachant son vif désappointement, ne sera-t-il pas bien difficile à garder?
— Si le prince eût habité mon pavillon, je suis de votre avis, le voisinage de ma tante aurait pu l'éclairer, et cette crainte est une des raisons qui me font renoncer à mon premier projet… Mais le prince habitera un quartier assez éloigné… la rue Blanche. Qui l'instruirait de ce qu'il doit ignorer? Un de mes vieux amis, M. Norval, vous, monsieur, et cette digne enfant — elle montra la Mayeux — sur la discrétion de qui je puis compter comme sur la vôtre, vous connaissez seuls mon secret… il sera donc parfaitement gardé. Du reste, demain nous causerons plus longuement à ce sujet; il faut d'abord que vous parveniez à retrouver ce malheureux jeune prince.
Rodin, quoique profondément courroucé de la subite détermination d'Adrienne au sujet de Djalma, fit bonne contenance et répondit:
— Vos intentions seront scrupuleusement suivies, ma chère demoiselle, et demain, si vous le permettez, j'irai vous rendre bon compte… de ce que vous daigniez appeler tout à l'heure ma mission providentielle.
— À demain donc… et je vous attendrai avec impatience, dit affectueusement Adrienne à Rodin. Permettez-moi toujours de compter sur vous, comme de ce jour vous pouvez compter sur moi. Il faudra m'être indulgent, car je prévois que j'aurai encore bien des conseils, bien des services à vous demander… moi qui déjà… vous dois tant…
— Vous ne me devrez jamais assez, ma chère demoiselle, jamais assez, dit Rodin en se dirigeant discrètement vers la porte après s'être incliné devant Adrienne.
Au moment où il allait sortir, il se trouva face à face avec
Dagobert.
— Ah!… enfin j'en tiens un… s'écria le soldat en saisissant le jésuite au collet d'une main vigoureuse.
II. Les excuses.